EUDI Wallet et eIDAS 2.0 : Comment convertir une contrainte réglementaire en opportunité stratégique pour les institutions financières et assurantielles

Contexte

L’EUDI Wallet (European Digital Wallet), portefeuille d’identité numérique européen, permet aux citoyens de stocker et partager leur identité et des justificatifs (identité, permis, diplômes, certificats, etc.) de manière sécurisée. A terme, il pourrait également permettre de sécuriser et authentifier des processus de signatures, voire des paiements.

Son déploiement effectif est attendu dans chacun des Etats membres d’ici fin 2026.

Le règlement eIDAS 2.0 exige que les entités régulées qui requièrent une authentification forte, c’est-à-dire essentiellement les institutions financières et les assureurs, acceptent l’EUDI Wallet comme moyen d’authentification de leurs clients et prospects d’ici le 24 décembre 2027. Cela couvrira potentiellement tous les processus de vérification d’identité en lien avec le KYC (Know Your Customer) selon les choix de mise en œuvre nationaux.

Pour les institutions financières et assurantielles, qui manipulent des données personnelles sensibles, l’EUDI Wallet représente donc à la fois :

  • une obligation réglementaire pour l’authentification et la protection des données,
  • et une opportunité stratégique pour digitaliser, sécuriser et personnaliser les parcours et la promotion des offres et services à partir d’une connaissance fine de leurs adhérents.

Transformer la contrainte en accélérateur de croissance : optimisation du KYC et diversification des offres

Les promesses de l’intégration de l’EUDI Wallet pour les institutions financières et assurantielles et leurs clients se présentent d’abord d’un point de vue de l’efficience opérationnelle, de l’expérience utilisateur, de la conformité réglementaire, et de la lutte contre la fraude :

  • Une authentification forte, simple et vérifiée via le wallet pour tous les clients.
  • Une ouverture accélérée des contrats sur de nouveaux produits (épargne, prévoyance, assurance emprunteur, etc.) grâce à une vérification automatisée de l’identité de la personne et de ses données personnelles.
  • Des données KYC à jour, complètes et fiables (ex : âge, situation familiale, statut professionnel) permettant d’être en conformité réglementaire de manière pérenne.
  • Une réduction des frictions et des coûts d’intégration : l’EUDI Wallet deviendra le seul responsable des « golden data » qui le composent. Cela permettra à ces institutions de simplifier les processus complexes de mise à jour et de circulation de la donnée dans un écosystème avec plusieurs produits, partenaires, etc. qui partagent les mêmes données.
  • Les credentials vérifiés et infalsifiables du wallet limitent les risques de fraude à l’identité et de faux justificatifs. Cela renforcera la confiance des clients et protègera ces institutions contre les pertes financières.

Mais la synchronisation automatique des données entre le wallet et le système interne garantit également la cohérence, la qualité et la mise à jour en temps réel des informations client. Ces informations seront donc d’autant plus complètes, fiables et exploitables et pourront être utilisées pour optimiser la personnalisation des parcours, des campagnes marketing sur les offres, etc. dans le respect des normes réglementaires et des consentements.

Comment rendre compatibles ses parcours digitaux avec l’EUDI Wallet : Travaux à mener & méthode opérationnelle

La mise en conformité avec eIDAS 2.0 et l’intégration de l’EUDI Wallet ne se résume pas à ajouter un bouton d’authentification ou “brancher une API”.

Pour une institution financière ou assurantielle, c’est un chantier transverse qui touche :

  • L’authentification et l’accès.
  • La gestion des identités et des données personnelles.
  • Les systèmes d’information.
  • Les parcours d’adhésion.
  • La relation client.

Kanbios vous propose une méthode pragmatique pour intégrer ce chantier en 4 étapes.

A) Diagnostic initial : cartographier l’existant

Objectif : comprendre la situation actuelle pour évaluer l’effort d’intégration.

Exemples de travaux à mener :

  • Cartographier tous les parcours d’authentification (espace particulier, espace pro, appli mobile, plateforme collaborateurs, etc).
  • Recenser les modes d’identification existants : login/mot de passe, FranceConnect, biométrie, email OTP, SMS OTP, solutions tierces.
  • Identifier les données KYC collectées aujourd’hui
  • Évaluer les sources de données (MDM, référentiel client, GED, CRM).
  • Diagnostiquer les points de friction sur les données et leur mapping (abandon, doublons, incohérences…).
  • Identifier les outils actuels de vérification d’identité et leurs coûts.

Livrable : cartographie des flux et du mapping des données + estimation des impacts d’intégration de l’EUDI Wallet.

B) Définir la stratégie d’intégration EUDI Wallet : où l’activer et pour quoi faire ?

Objectif : prioriser les cas d’usage où l’EUDI Wallet crée le plus de valeur.

Exemples de cas d’usage prioritaires :

  1. Parcours de souscription individuel ou collectif (en partie via l’employeur)
    → Récupérer les données essentielles de la connaissance client : identité, âge, adresse, RIB, situation professionnelle, situation familiale, revenus…
  2. Connexion / réauthentification forte
    → Remplacer les envois d’OTP par mail ou SMS, coûteux et non optimaux en termes d’UX et de sécurité.
  3. Mise à jour des données client
    → Synchronisation automatique en cas de mise à jour sur l’EUDI Wallet, après consentement.
  4. Accès simplifié à des services à forte contrainte réglementaire
    → Produits d’épargne ou retraite nécessitant un KYC renforcé.

Livrable : OKR validés + schéma directeur d’intégration de l’EUDI Wallet.

C) L’intégration opérationnelle dans le SI et dans les parcours

Objectif : rendre l’écosystème technique compatible avec l’EUDI Wallet.

Exemples de travaux techniques à mener :

  • Mettre à niveau l’Identity & Access Management (IAM) : déployer des standards établis dans le cadre de l’EUDI Wallet (OpenID4VC, Verifiable Credentials) qui visent à créer un langage commun entre les wallets, les fournisseurs d’identité et les services en ligne.
  • Intégrer les API européennes (EUDI Wallet Middleware) de vérification des attributs.
  • Adapter les parcours digitaux UX/UI : ajuster les parcours pour permettre aux utilisateurs de mobiliser leur EUDI Wallet, ajouter des étapes de consentement explicites mais fluides. Il est essentiel d’avoir une approche centrée utilisateur et respectant les standards de la discovery pour cela, car c’est un point-clé pour l’adoption de la fonctionnalité et son succès. Chaque détail comptera : wording, UX, UI, fluidité dans le parcours…
  • Connecter le CRM et les référentiels de données internes pour synchronisation automatique des données, gérer les conflits de données.
  • Garantir journalisation, consentement et conformité RGPD/eIDAS.

Livrable : architecture cible + plan de migration technique & prototype haute fidélité + spécifications.

D) Déploiement progressif & pilotage de la valeur

Objectif : minimiser les risques tout en maximisant la création de valeur.

Exemples de travaux à mener :

  • Démarrer par un pilote sur un cas d’usage spécifique (ex. : création de compte, souscription en ligne…)
  • Mesurer les gains et éventuellement ajuster la stratégie (ex : baisse des abandons, chute de la fraude…)
  • Etendre à d’autres cas d’usage (ex : connexion aux espaces, app mobile, synchronisation des données…)
  • Accompagner le changement auprès des utilisateurs et de la relation client en interne (ex : campagnes, FAQ, tutoriels…)

Livrable : roadmap de déploiement + suivi des OKR de la fonctionnalité.

Conclusion

L’intégration de l’EUDI Wallet n’est pas seulement un chantier réglementaire :
c’est l’opportunité de refondre l’authentification, d’accélérer le KYC, d’améliorer les parcours et de réduire les coûts.

Les institutions financières ou assurantielles peuvent transformer cette contrainte réglementaire en accélérateur stratégique et innovant pour la diversification, la personnalisation, et la lutte contre la fraude. Pour cela, il convient d’anticiper rapidement les travaux requis dès début 2026, pour obtenir un avantage compétitif. A l’inverse, les reporter risque de créer une situation d’urgence en 2027 et de devoir réduire le périmètre au minimum, en sous-exploitant le potentiel de cette évolution.

Expert en projets digitaux dans le secteur, Kanbios vous accompagne pour structurer et déployer cette démarche.

Timothée AUBERGER

Pilote de marché digital mutuelles

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Sébastien POUEY

Responsable du Développement Commercial

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